Obakartier, en plein jour — Journal d'un mix
- djanadelamor
- 29 août
- 2 min de lecture
Il faisait un de ces jours où la lumière tombe droit, sans hésitation, où l’air semble peser juste assez pour retenir les gestes et ralentir les voix. La Fête basque avait commencé comme commencent les choses naturelles : sans fracas, presque en silence. Au bar Obakartier à Hendaye, sur la côte du Pays basque, la journée s’ouvrait avec la lenteur tranquille d’un été qui n’a rien à prouver.
J’ai installé mes premiers morceaux comme on pose des pierres dans l’eau : avec précaution, pour ne pas troubler la clarté. Moondog résonnait comme un pas régulier dans un monde ordonné.
Moondog, c’est un de ces artistes qui semblent n’avoir jamais vraiment appartenu à son époque. Sans que chacun sache expliquer pourquoi, certaines de ses mélodies se faufilent dans la mémoire collective, comme si elles existaient depuis toujours. Inventeur d’instruments, marcheur obstiné, il a tenu sa vie à bras-le-corps avec une force tranquille, une dignité rare.
Écouter Moondog, c’est entendre le chant profond d’un homme qui a choisi de tracer sa propre route, sans jamais renoncer à la beauté.
Nils Frahm, lui, ramenait une douceur de solitude — ce piano qui semble se souvenir de quelque chose que nous ignorons encore.
La musique ne remplissait pas le lieu ; elle l’accompagnait.
Les voix, les verres, les gestes : tout coulait avec la même retenue.
Les gens arrivaient lentement, cherchant l’ombre, puis le soleil.
La montée du jour
Il y a toujours, dans une journée qui avance, un moment où la lumière devient plus dense, presque vivante.Vers là, j’ai senti que le calme ne suffisait plus. Il fallait suivre le mouvement du monde, rejoindre son rythme. Alors la musique s’est mise à respirer plus largement.
La house est entrée comme entre la chaleur : naturellement. Un battement simple, posé, qui faisait vibrer l’air plus qu’il ne le coupait.
Au bar Obakartier, on sent la présence discrète de la baie de Txingudi — ce paysage qui fait d’Hendaye un lieu particulier pour jouer en journée. Le bar se tient au bord de cette respiration maritime ; il en partage le calme et l’ouverture. À un moment, des gens à vélo sont passés sur le chemin, ralentissant juste assez pour écouter. L’un d’eux a levé un pouce, comme pour confirmer.

Les promeneurs défilent toute la journée ici, sur cette frontière douce entre mer et ville. La terrasse d’Obakartier, large et accueillante, devient un balcon ouvert sur la vie qui circule : les pas, les voix, le vent, les sourires fugaces. Un endroit parfait pour un DJ set en plein jour au Pays basque.
Obakartier, un lieu vivant
Obakartier n’est pas un simple bar. C’est un endroit où les choses paraissent vraies. Rien n’y est forcé : ni les voix, ni l’accueil, ni les mouvements du jour.
J’y ai joué huit heures, mais le temps a passé comme passent les après-midis heureuses : lentement d’abord, puis d’un seul coup, sans prévenir.

Quand la dernière note s’est mêlée au bruit de la fête, j’ai compris que ce qui avait compté, ce n’était pas la musique seule, mais cette communion fragile qui naît parfois entre les êtres.

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